Conseils techniques pour enregistrer
l'occultation de l'astéroïde Tercidina
avec une caméra CCD en mode scan
Alain Klotz
(mise à jour le 2 sept 2002)
1. Introduction
Cette page a pour but de présenter une méthode d'observation
efficace pour enregistrer la durée de l'occultation à mieux
que 0,1 seconde près, à l'aide d'une caméra CCD utilisée
en mode "scan". Je rappelle que le but est de mesurer les instants exacts
de début et de fin d'occultation. Les instituts spécialisées
d'astronomie vont alors convertir la durée d'occultation en une
distance représentant une ligne (appelée habituellement corde)
qui traverse l'astéroïde. Si l'on parvient à réunir
de nombreuses cordes, on peut alors synthétiser la silouette de
l'ombre de l'astéroïde. La précision de la mesure détermine
la précision du contour. Notons qu'une précision de 0,1 seconde
implique une précision d'environ 3 kilomètres sur la connaissance
du contour. Avec les moyens actuels, cette occultation consitue peut-être
la meilleure opportunité qu'aient jamais eu les astronomes amateurs
français, à déterminer la forme d'un astéroïde
avec une précision kilométrique.
A propos des circonstances de l'occultation elle même, je cite
ici le texte de Jean Lecacheux (astronome professionnel, spécialiste
de ce type d'événement) paru sur la liste Aude le 31 Août
2002 :
L'étoile occultée est Omega1 Tauri, alias BS 1283,
alias Hipparcos 19388. C'est une étoile orangée de magnitude
5.5, une géante K2 située dans le ciel à mi-chemin
apparent des Pléiades et des Hyades. Dans la nuit du lundi 16 au
mardi 17 septembre à 0 h 45 TU, ce champ facile à trouver
sera à une quarantaine de degrés de hauteur vers l'Est-Sud-Est,
et il n'y aura pas de lune.
Après avoir traversé la France de Pornic à Mulhouse,
l'ombre de Tercidina de 100 km de large poursuivra sa route vers Münich,
l'Europe centrale et l'Ukraine. Sur la ligne centrale l'occultation devrait
durer 10.5 secondes et donner une extinction brusque et totale (d'un facteur
1000).
S'il fait beau, les conditions semblent donc mures pour une grande
occultation, avec des dizaines d'observateurs européens sur le trajet.
J'exhorte tous les observateurs qui en auront la possibilité
(surtout ceux qui n'habitent pas trop loin) à se déplacer
à la rencontre de la bande d'occultation dont la limite nord sera
à peu près : Quiberon -> La Flèche -> Orléans
-> Montargis -> Chaumont -> Vittel -> Epinal -> St.Dié -> Selestat.
La limite sud : La Roche-sur-Yon -> Châtellerault -> Bourges -> Dijon
-> Besançon -> Montbéliard.

Les observateurs potentiels doivent se préparer à chronométrer
le début et la fin de l'occultation avec une précision absolue
de 0.1 seconde.
C'est relativement difficile de pouvoir CERTIFIER le dixième
de seconde absolu, tout le monde n'y arrivera pas parfaitement, mais chacun
doit savoir
que c'est l'objectif vers lequel il faudrait tendre pour que le
résultat soit scientifiquement utilisable. C'est en tous cas l'unique
aspect un peu délicat d'une observation par ailleurs extrêmement
facile et spectaculaire.
2. Principe d'enregistrement CCD en mode scan
Sur la figure suivante, on représente les quatres premières
étapes de la lecture en mode scan de l'image d'une étoile.
L'étoile est représentée par la tache grise, étalée
sur 9 pixels, en bas à gauche de la matrice CCD. Le registre horizontal
de la matrice CCD est représenté par le trait rouge en gras,
au bas de la matrice.
1ere étape : On décale les charges d'une ligne vers le bas.
On a représenté, en couleur violette, les charges générées
par l'étoile et qui "sortent" de la tache de l'étoile. On
digitalise alors la ligne qui se trouve dans le registre horizontal. Cette
ligne ne contenant pas de charges dues à la lumière de l'étoile,
reste à la valeur du fond de ciel. L'image résultante fait
un pixel de haut (représentée sous l'image de la matrice).
2eme étape : On décale les charges d'une ligne vers le
bas. On a représenté, en couleur bleue, les charges générées
par l'étoile et qui "sortent" de la tache de l'étoile. On
digitalise alors la ligne qui se trouve dans le registre horizontal. Cette
ligne ne contenant pas de charges dues à la lumière de l'étoile,
reste à la valeur du fond de ciel. A ce niveau, on commence à
voir que les charges, générées par l'étoile,
et décalées, semblent former une bande verticale sur la matrice
CCD. L'image résultante fait deux pixels de haut et ne contient
toujours que du fond de ciel !
3eme étape : On décale les charges d'une ligne vers le
bas. On a représenté, en couleur verte, les charges générées
par l'étoile et qui "sortent" de la tache de l'étoile. On
digitalise alors la ligne qui se trouve dans le registre horizontal. Cette
fois-ci, cette ligne contient le paquet de charges violettes, générées
lors du décalage de la première étape. L'image résultante
fait trois pixels de haut.
4eme étape : On décale les charges d'une ligne vers le
bas. On a représenté, en couleur jaune, les charges générées
par l'étoile et qui "sortent" de la tache de l'étoile. On
digitalise alors la ligne qui se trouve dans le registre horizontal. Cette
fois-ci, cette ligne contient le paquet de charges bleues, générées
lors du décalage de la première étape. L'image résultante
fait quatre pixels de haut. On commence à voir la bande verticale
des charges générées par l'étoile.
On poursuit le processus aussi lontemps qu'on le souhaite. A la fin,
on une image sous la forme d'un ruban vertical sur lequel on voit la ligne
de la trace laissée par "l'étoile". On pourra noter que les
premières lignes, en bas de l'image du scan, ont vu le fond de ciel
moins longtemps que les autres. Cela se traduit par un effet de rampe de
lumière sur le ruban. C'est aussi un bon moyen de ne pas confondre
le début et la fin de l'image scan. Il est à noter que cette
rampe est d'autant plus grande que la caméra comporte un nombre
important de lignes. Paradoxalement, on minimise le fond de ciel avec un
CCD de petite taille. Donc, privilégier les petits détecteurs
!
Cette méthode présente de nombreux avantages :
-
On peut atteindre une grande précision sur la durée d'évenements
courts. Avec une caméra Audine Kaf-400, on peut digitaliser plus
de 70 lignes par seconde (100 pixels de large).
-
On n'a pas de temps mort puisque l'on enregistre le phénomène
en continu.
-
On peut avoir la durée d'enregistrement que l'on souhaite (utile
pour la recherche de satellites autour de l'astéroïde).
Les inconvénients sont les suivants :
-
On est sensible à la turbulence (mais c'est toujours le cas lors
d'enregistrements rapides).
-
On est sensible aux imperfections mécaniques de l'entrainement.
Précautions à prendre
-
La linéarité entre l'axe vertical et le temps n'est assuré
que si la caméra est bien orientée avec son registre horizontal
perpendiculaire à l'axe des déclinaisons pour minimiser les
imperfections de l'entrainement.
Il existe d'autres méthodes d'enregistrement d'occultation. Se référer
à mes pages, présentées à
l'observatoire de Genève pour plus de renseignements.
3. Timing des opérations à effectuer
Le but du timing est d'obtenir une datation précise de l'événement
enregistré. Il faut distinguer deux sortes de précision :
-
La durée de l'occultation : la durée de l'occultation se
mesure en comptant le nombre de lignes pedant lesquelles l'étoile
était occultée. L'incertitude de cette mesure est très
petite avec la méthode du scan, même si les datations de début
et de fin de l'enregistrement de l'image totale sont précises à
une seconde près.
-
La datation absolue de début ou de la fin d'occultation est bien
plus difficile. La technique, exposée ici, part d'une contrainte
que tout le monde ait un réveil ou une montre indiquant les secondes.
Le mieux est d'avoir une montre radiopilotée sur le DCF-77 par exemple.
Je n'ai toujours pas compris si l'on pouvait atteindre une précsion
meilleure que 0,3s avec un GPS. En tout cas, le GPS est précieux
pour mesurer sa position géodésique au moment de l'occulation.
On cherche à obtenir la meilleure précision possible avec
le moins de matériel afin qu'un maximum d'observateurs puissent
participer. Le matériel se résume donc à :
-
1 télescope mis en station et entrainé avec un mteur
-
1 caméra CCD munie d'un logiciel qui permette le mode scan (Prism,
Iris, AudeLA).
-
1 montre ou réveil radiopiloté DCF77 ou un GPS.
-
1 carton du diamètre de l'ouverture du télescope pour les
occultations manuelles
L'idée du timing est la suivante : on va effectuer quatre occultations
manuelles, à l'entrée du télescope, avant puis après
l'heure théorique de l'occultation. Chaque série d'occultations
manuelles est effectuée en masquant rapidement l'entrée du
télescope avec un carton synchronisé sur l'horloge. Il est
possible d'obtenir une précision meilleure que la seconde si l'on
candence son bras à la seconde de façon à effectuer
l'occultation manuelle à des instants précis sur la seconde
pile. Avec un peu d'entrainement, on arrive à environ 0,2 secondes.
Le but est de baisser le carton au début de la seconde ronde et
de laisser le carton occulter l'entrée le télescope pendant
anviron 1 seconde. Ainsi, les instants de DEBUT d'occultation manuelle,
constituent la base de temps pour calibrer le scan. Avec les deux séries
de quatre occultations manuelles, on a 8 points pour calibrer le temps,
supposé défiler linéairement avec la méthode
du scan. Ca laisse une redondance nécessaire pour éliminer
certaines mesures et pour déterminer une incertitude.
Sur le schéma suivant, on résume l'ensemble des instants
importants en superposant l'image de scan théorique (sans occultation
par l'astéroïde) parallèlement à l'ombre prévue
:

L'enregistrement d'une occultation est toujours un exercice stressant,
surtout à 3 heures du matin ! il est donc important de préparer
une petite liste de choses à effectuer à chaque instant.
Sur la liste, on trouvera :
-
2h42m40s TL : lancer le scan. On laisse le scan se dérouler jusqu'à
la fin de l'effet de rampe. Commencer à battre la mesure des secondes
avec le cache à côté de l'ouverture du télescope.
-
2h43m00s TL : 1ere occulation manuelle (pré-tops)
-
2h43m15s TL : 2eme occulation manuelle
-
2h43m30s TL : 3eme occulation manuelle
-
2h43m45s TL : 4eme occulation manuelle
-
2h43m47s TL à 2h45m45s TL : se tenir éloigné du télescope.
Prendre des jumelles et suivre l'événement visuellement serait
encore mieux.
-
2h45m45s TL : Recommencer à battre la mesure des secondes avec le
cache à côté de l'ouverture du télescope.
-
2h46m15s TL : 1ere occulation manuelle (post-tops)
-
2h46m30s TL : 2eme occulation manuelle
-
2h46m45s TL : 3eme occulation manuelle
-
2h47m00s TL : 4eme occulation manuelle. On peut ensuite lacher le carton
! il ne reste plus qu'à attendre la même durée que
la rampe pour être sûr que la derniere occultation manuelle
sera enregistrée sur l'image.
-
2h47m20s TL : arrêter le scan. Enregitrer immédiatement le
fichier sur le disque avec deux noms différents.
Une étoile de magnitude 5,2 laisse une trace dont l'intensité
vaut environ 6000 pas codeurs au dessus du fond de ciel avec un T200, F/D=6,
Audine Kaf-401E et une cadence de décalage de 0,04s/ligne (binning
1). On peut aller plus vite si la turbulence et l'entrainement du télescope
le permettent. Il faut alors penser à calculer le nombre de lignes,
pour chaque étape :
-
Rampe : 512 pixels (hauteur du CCD). Cela représente 512*0,04=20.48s
(d'où les 20 sec de rampe)
-
Prétops : 0h43m00s à 0h43m45s : 45s
-
Occultation : 0h43m45s à 0h46m15s : 2m30s
-
Posttops : 0h46m15s à 0h47m00s : 45s
-
Final : idem que la rampe : 512pixels, soit 20 sec.
Le temps total du scan est de 20+45+150+45+20=280s. A la cadence de 0,04s/ligne,
on va avoir une image de 7000 lignes.
4. Automatisation
Dans une manipe aussi précise que l'enregistrement d'une occultation,
on a de grandes chances de rater les timings si l'on ne fait pas des répétitions.
Afin de soulager les opérations automatisables, il est conseillé
d'utiliser le mode script de vos logiciels d'acquisition. Renseignez-vous
et posez des questions sur la liste Aude. Voic une liste de logiciels d'acquisitions
d'images français :
Lien sur les techniques de scan CCD : http://home.t-online.de/home/05102909321-0001/linksse.htm
4.1. Un script pour le logiciel AudeLA
Voici un exemple de script pour le logiciel AudeLA. Le script consistera
à lancer le scan au bon moment et enregistrera le fichier sous deux
noms différents automatiquement. Les noms choisis contiendront la
date et l'heure de début de scan. De cette façon, on n'a
aucune chance de pouvoir effacer un fichier par un autre. Je donne, ci-desssous,
le script, à modifier selon besoins personnels. Penser notamment
à changer les valeurs des parametres dt et speed apres les calibrations
du panneau scan-rapide. Le script a un mode de fonctionnement en simulation
où seules les lignes de rampe sont réalisées et le
départ est immédiat (variable simulation).
# --- Fichier occ_tercidina.tcl à placer dans le dossier
scripts de AudeLA
# --- optimisé pour une Audine Kaf-400
set simulation yes
set astername "tercidina"
set debut 2002-09-17T00:42:40
set firstpix 300 ; # valeur du pixel de gauche de la fenêtre
du scan sur l'image. A adapter en temps réel juste avant de lancer
le script
if {$simulation=="yes"} {
set debut now
set h 520
} else {
set h 7000
}
# fenetre de 100 pixels de large
set w 100
set bin 1
# parametres apres les calibrations du panneau scan-rapide
set dt 28.019 ; # millisec
set speed 16577 ; # boucles
# - ne rien toucher a ce qui suit.
set datejd [mc_date2jd $debut]
while {[mc_date2jd [::audace::date_sys2ut]]<$datejd} {
after 1000
::console::affiche_resultat "attente [mc_date2ymdhms
[::audace::date_sys2ut]]\n"
}
set name [mc_date2ymdhms [::audace::date_sys2ut]]
set name [format "%04d%02d%02d%02d%02d" [lindex $name 0] [lindex
$name 1] [lindex $name 2] [lindex $name 3] [lindex $name 4]]
::console::affiche_resultat "scan en cours\n"
#--- Acquisition et gestion de l'obturateur
catch {cam1 shutter opened}
cam1 scan $w $h $bin $dt -firstpix $firstpix -fast $speed -tmpfile
buf1 save "i0_$name"
bell
catch {cam1 shutter synchro}
#--- Visualisation de l'image
visu
# --- Enregistrement du fichier FITS
buf1 save "${astername}_$name"
::console::affiche_resultat "scan fini\n"
# --- Fin du fichier script